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Dans quelques mois, les systèmes d’intelligence artificielle dits à "haut risque" devront se plier aux exigences du règlement européen. Qualification des rôles, cartographie des risques, gouvernance... la mise en conformité est un chantier complexe qui ne s'improvise pas à la dernière minute.
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Le règlement européen sur l’intelligence artificielle du 13 juin 2024 (dit “IA Act”) est une évolution majeure dans l’encadrement du secteur numérique. Dans quelques mois, le 2 août 2026, il poursuivra une nouvelle phase d’entrée en vigueur, et s’appliquera pour la première fois à des systèmes d’intelligence artificielle à haut risque, celles de son Annexe 3. L’IA Act a pour objet d’encadrer le développement, la mise sur le marché et l’utilisation des systèmes d’intelligence artificielle. Ses conditions d’application dépendant de nombreux paramètres, rendent la mise en conformité complexe dans certains cas. En vue de cette échéance à venir, Marc ABANE, avocat en droit des nouvelles technologies rappelle les étapes clés de la mise en conformité avec ce nouveau règlement, qui exige une préparation proactive des entreprises.
Qui fait quoi ? L’importance de bien qualifier l’organisation et de cartographier les IA
Avant de lancer une mise en conformité avec l’IA Act, il convient de s’assurer que l’organisation entre bien dans le champ d’application de ce dernier. En effet, bien qu’il soit difficile d’échapper à son large champ d’application, l’IA Act prévoit quelques exclusions qui méritent d’être vérifiées au préalable. L’exemple de l’IA open source est intéressant à cet égard.
Une fois les conditions réglementaires réunies, il convient d’établir une cartographie des systèmes d’IA actuels et en projet au sein l’organisation ainsi que leurs niveaux de risque respectifs : minimal, spécifique en matière de transparence, haut risque ou encore risque inacceptable. En pratique, cette cartographie consistera à faire l’inventaire de tous les logiciels et algorithmes qui remplissent les conditions d’une intelligence artificielle telle que définie par l’IA Act.
Pour chaque système d’IA recensé, il faudra qualifier correctement le ou les rôles de l’organisation, tel que prévu par l’IA Act : fournisseur, déployeur, distributeur ou encore fournisseur en aval. Ces rôles peuvent se cumuler.
Cette première étape doit être menée avec rigueur car une mauvaise qualification ou une cartographie erronée peut rendre les étapes suivantes inefficaces.
Que faire ? Les obligations à exécuter
Outre l’obligation généralisée sur les fournisseurs et déployeurs de « prendre des mesures pour garantir un niveau suffisant de maîtrise de l’IA pour leur personnel et les autres personnes s’occupant du fonctionnement et d’utilisation des systèmes d’IA pour leur compte », des obligations différenciées et contraignantes s’appliquent également, selon le niveau de risque de l’outil et du/des rôle(s) de l’organisation à l’égard de l’outil d’IA.
L’organisation doit, pour chaque outil d’IA recensé, déterminer les obligations applicables à ce dernier. Elles incluent notamment des mécanismes d’évaluation de conformité, de documentation technique, de gestion des risques, de transparence, de surveillance humaine, de qualité des données, d’analyse d’impact sur les droits fondamentaux ou encore de coopération avec les autorités compétentes. Par conséquent, elles peuvent conduire à une mise à jour importante de l’organisation opérationnelle.
La bonne exécution de ces obligations réglementaires nécessite aussi d’encadrer contractuellement sa relation avec le partenaire dans le cadre d’une fourniture ou d’une utilisation d’un système d’IA. Par exemple, un déployeur sera amené à figer, dans son contrat avec le fournisseur, une description claire et complète du système d’IA utilisé pour pouvoir lui-même se conformer à son devoir de « prendre des mesures pour garantir un niveau suffisant de maîtrise de l’IA ».
De manière générale, il faudra être en mesure de documenter l'accomplissement de l'ensemble des obligations réglementaires applicables, notamment en cas de contrôle d'une autorité compétente ou de contentieux en responsabilité civile et/ou pénale mettant en cause l'utilisation ou la fourniture d'un système d'IA.
Comment faire ? La nécessité d’un plan d’action cohérent et rigoureux
L’accomplissement de cette étape commence par identifier une personne référente et/ou un groupe de travail aux compétences pluridisciplinaires, ayant un rôle de coordination et de mise en œuvre d’une feuille de route pour cette mise en conformité et son maintien sur la durée.
En pratique, la gouvernance reposerait notamment sur la mise en place :
- de revues périodiques avec des comités de suivi et un reporting vers la direction générale,
- de programmes de formation, en intégrant les aspects juridiques, techniques et éthiques de l’IA, ou encore
- de mécanismes d’audit.
Comme en matière de protection des données personnelles, la gouvernance en matière d’IA devra tenir compte de la nécessité de prouver la conformité (« accountability »), à travers une capacité à justifier et documenter les actions réalisées au titre de la gouvernance. Outre l’objectif de conformité à l’IA Act, cette gouvernance rigoureuse et documentée pourrait offrir un avantage concurrentiel.
Il est enfin à noter que le plan d’action et la gestion des risques en matière de RGPD et d’IA pourraient faire l’objet d’une approche unifiée. Bien que les exigences de l’IA Act ne remplacent pas celles du RGPD, les mesures prises pour répondre aux premières peuvent contribuer au respect des secondes. L’intégration de l’analyse des risques IA dans les analyses d’impact RGPD en est la parfaite illustration. Ces synergies permettent à l’évidence de capitaliser sur le travail accompli.
Compte tenu de cette dernière ligne droite avant cette prochaine phase d’entrée en vigueur, il est essentiel de lancer ou de poursuivre efficacement dès à présent les contraintes fixées par le texte.
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